Les années mémoires. (Le 27 Mai 1944 à Marseille)

Souvenirs d’un ancien requis de la Défense Passive.

Bombardement du 27 Mai 1944.

 

 

Les prémices de la libération s’annonçaient mal pour nous, le bombardement du 27 Mai 1944, par l’aviation américaine, constituait un avertissement et un avant goût de ce qui nous attendait.

 

Par un temps magnifique, le Samedi 27 Mai 1944 -vers 11 heures- hurlement des sirènes, mais comme toujours les Marseilllais continuaient à vaquer à leurs occupation. Les premier coups de canon de la “FLACK” (D.C.A Allemande) surprirent les quidams dans les rues, ce fut la ruée vers les abris de toutes sortes; le grondement dans le ciel des 150 forteresses volantes et la canonnade accentuaient encore la panique, alors que les premières bombes commençaient à tomber.

 

Je me trouvais dans mon P.C., sis dans les catacombes de la cathédrale, avec les radios de la police. J’ai senti le sol trembler sous mes pieds. Nous avions tous la gorge serrée et l’angoisse nous étreignait; espérons, pensais-je, que l’une d’elles ne porte pas notre nom écrit en toutes lettres; nous étions inquiets, les bruits des canons parvenaient jusqu’à nous. Qu’allions-nous découvrir dehors, quand il faudrait sortir des abris ? Nous nous regardions avec anxiété.

 

La police, à la suite d’un appel, nous avertit qu’il falllait “y aller”; notre chef de secteur, un vétéran de 14-18, s’est approché des policiers, conciliabule à voix basse puis il est revenu vers nous, nous a fait mettre en rang deux par deux au coude à coude, à vérifié notre matériel, notre équipement, nous a regardé longuement et nous a dit la voix légèrement enrouée: ” c’est à nous, en avant, sortez et courez vite, ne vous arrêtez pas, surtout ne vous arrêtez pas !” 

 

Sitôt dehors et au pas de course, une odeur âcre nous prenait à la gorge, une odeur faite de relents de plâtre brulé, de bois calciné, de poussières de toutes sortes, émanations caractéristiques des grands malheurs.

 

 Le soleil se cachait derrières les fumées noires qui s’élevaient un peu partout dans le ciel. J’entendais des bruits métalliques sur les pavés, alors que les bombardiers s’éloignaient. Nous avons compris tout à coup que la D.C.A. continuant de tirer sur les avions, ce tintement était tout simplement le bruit des éclats d’obus retombant sur le sol. Il fallut raser les murs en toute hâte. (Nous étions sortis quelques minutes trop tôt).

 

Première halte: la rue Malaval où un immeuble s’est écroulé (sans faire de victimes). On nous a immédiatement dirigés vers le boulevard National; là, ce fut l’apocalypse: des centaines de Marseillais avaient voulu s’abriter dans le tunnel ferroviaire, mal leur en prit, trois bombes anéantirent leur espoir de survie, on devait dénombrer 100 morts, 150 blessés, bilan hélas provisoire; les cris, les appels, les pleurs, j’avais les tripes serrées, le brancard que je portais devait peser ” une tonne “. Nous ramassions un bras, une jambe que nous rajoutions au corps démembré. La vue des enfants blessés ou choqués, appelant leur mère, me rendait malade, une pauvre femme hagarde, une casserole à la main errait sur les décombres d’un immeuble.

 

 Des soldats de la Wehrmacht s’occupaient de leurs morts et blessés, nous les nôtres. En temps de guerre, c’est comme ça, chacun ramasse les siens ! Nous avons dû, toujours en ce lieu, prêter main forte à des collègues qui essayaient de retirer avec des pelles, leviers, barres de fer, un corps tombé dans un bac d’acide d’une petite entreprise. Inutile de dire que l’acide avait fait son oeuvre sur sa peau, le pauvre garçon a dû être projeté par le souffle de l’explosion. J’ai souhaité qu’il fut mort avant d’être précipité dans ce bac. Ayant le brancard, je l’ai récupéré avec l’aide de mon collègue qui tenait de l’autre extrémité de la civière. La jambe de ma combinaison D.P. fut éclaboussé et brûlée du genou jusqu’à la cheville. J’avais la nausée de voir ce malheureux, un Indochinois, venir de si loin pour mourrir de cette atroce façon.

 

 J’ai travaillé à peu près deux mois sur les décombres, à déblayer, à creuser, à rechercher des victimes ; il n’est pas nécessaire de préciser que les dernières semaines de découvertes étaient épouvantables et pestilentielles. Le triste bilan de cette journée’ et en quelques minutes, environ 2400 morts (on a jamais su le nombre exact), 6000 blessés, 800 maisons détruites, 35900 sinistrés.

 

 Et ce n’est pas fini, d’autres bombardements ensanglantèrent notre ville, suivis par les combats de la libération au mois d’Août. 

 

 Le déminage fut lui aussi confié à la Défence Passive, c’est M. Thevenon chef du 10émé secteur, qui a été chargé de cette lourde mission. Il y avait 55 000 hectares à déminer ; 43 démineurs français devaient y laisser leur vie, ajouter à cela 64 tués, 126 blessés dû au conflit, la Défense Passive devait payer, compte tenu de ses moyens, un lourd tribut à la guerre. Et ” on ” nous disait PASSIFS !!!

 

 

Galligani Raymond

Requis Défense Passive février 1944 / Juin 1945

Médaille commémorative française guerre 39 / 45

avec barrette ” Défense Passive “

Médaille et titre de reconnaissance de la nation 

 

 

 

 


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